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22 septembre 2011

Congo: présentation de la première "tablette tactile" africaine

BRAZZAVILLE (Xinhua) - Le directeur général de la société congolaise VMK, Vérone Mankou, 25 ans, programmeur, a présenté samedi à Brazzaville, les exemplaires de la première "tablette tactile" africaine dont il est le concepteur, a constaté Xinhua sur place.

Samedi 17 septembre 2011 | 17:32 UTC
Cette tablette tactile, la première du genre en Afrique, a été présentée à l'ouverture du "Sommet sur les technologies internet", dénommé "Africa Web Summit", en présence de nombreux experts internationaux dans les Nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) et de quelques membres du gouvernement congolais, notamment le ministre congolais des Postes, des Télécommunications et des Nouvelles technologies de la communication, Thierry  Moungalla.
"Cette tablette tactile, rassemblée en Chine, sera commercialisée à partir du 17 octobre prochain, pour un prix de 150.000 FCFA; elle sera commercialisée dans sept pays africains dont le Congo et en Belgique", a annoncé Mankou, précisant qu'il lui aura fallu près de 18 mois pour la concevoir et un investissement  d'environ 85 millions de FCFA."La particularité de ma tablette tactile est qu'elle coûte quatre fois moins cher que celles qui sont sur le marché et elle est plus performante avec une autonomie de 10 heures de batterie; elle est plus extensible, avec de multiples fonctions et elle est plus petite, vous pouvez la mettre dans votre poche", a-t-il souligné."Je salue le génie de mon jeune collaborateur, Mankou, qui vient de prouver que la jeunesse africaine est capable de prouesse et qu'il faille bien l'encadrer et l'accompagner", a déclaré à Xinhua le ministre Thierry Moungalla.Mankou est depuis 2008 attaché aux nouvelles technologies au ministère congolais des Postes, des Télécommunications et des Nouvelles technologies de la communication, rappelle-t-on.Ouvrant ce "sommet du web en Afrique", Moungalla a relevé qu'il est "l'occasion pour les jeunes congolais porteurs de projets ou simplement d'idées novatrices de mettre en valeur leur esprit créatif et de le confronter à l'expérience et l'expertise de chacun...".La volonté du gouvernement congolais est d'"arrimer le Congo à la modernité pour que l'informatique et l'Internet notamment soient accessibles au plus grand nombre", a-t-il ajouté, annonçant "la finalisation prochaine de la participation du Congo au projet de câble sous marin WACS et également le déploiement d'une fibre optique terrestre dont la vocation est de mailler, par phases successives, l'ensemble du territoire en infrastructures haut débit; mais également la mise en place d'un cadre juridique et institutionnel propice à l'arrivée d'investisseurs motivés à l'idée d'accompagner le Congo dans cette mutation majeure"."Africa Web Summit" se décline comme un "grand rendez-vous panafricain d'échanges, de formation, de vulgarisation des outils de nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC)".Des experts, venus d'Europe, d'Amérique, d'Asie et d'Afrique, prennent part à ce sommet qui dure deux jours et dont l'objectif principal est de "mettre au grand jour la contribution du Congo à la réduction du fossé numérique entre le nord et le sud". Il est organisé par la société congolaise VMK, une agence de communication interactive et de technologies Internet.

31 août 2010

Brigit et Rosa, les robots qui soignent

La PME MedTech de cet ingénieur d'origine béninoise crée des machines qui révolutionnent la chirurgie. Parti de Montpellier, l'homme se lance à la conquête de l'Amérique



Une ergonomie optimale, des fonctions de navigation en 3D, un système de planification chirurgicale dernier cri... Rosa a tout pour elle. Et son papa, Bertin Nahum, n'en est pas peu fier. Mais si l'homme a donné à son dernier robot médical un nom de femme, « c'est parce qu'il ne faut jamais oublier que le bloc opératoire est un espace très humain. Je me suis donc dit que l'intégration du robot à une équipe chirurgicale serait plus facile s'il s'appelait Rosa plutôt que ZW38K». CQFD
Bertin Nahum sait où il va... sans oublier d'où il vient. Si cet ingénieur en robotique béninois, né au Sénégal il y a quarante ans, a quitté l'Afrique pour l'Hexagone quand il était encore bébé, il reste attaché à ses racines et se voit comme un « entrepreneur de la diversité». Des études à l'Institut national des Sciences appliquées (Insa) de Lyon scellent définitivement sa vocation : «En fin de cursus, j'ai participé à la conception d'un logiciel capable de détecter automatiquement des lésions crâniennes à partir de scanners. Ce sentiment d'utilité m'a donné envie de consacrer ma carrière aux patients, mais du côté des techniciens, à travers la création de robots susceptibles d'accompagner les chirurgiens dans leurs opérations. »
A peine diplômé, le jeune Bertin se lance donc dans l'univers complexe de l'assistance au geste chirurgical. Pendant dix années, il va faire ses armes au sein de grands groupes de robotique (IMMI, ISS, Computer Motion) associés à différentes spécialités chirurgicales : neurochirurgie, urologie, chirurgie cardiaque, orthopédique, digestive... «J'ai expérimenté l'assistance au geste opératoire dans presque tous les domaines. Je me suis rendu dans les blocs pour visualiser des premières mondiales de chirurgie assistée par ordinateur. En voyant les médecins à l'oeuvre, j'ai compris comment concevoir un robot capable de leur apporter une vraie valeur ajoutée. »
2002 marque l'heure du grand saut. Bertin Nahum décide de créer à Montpellier sa propre entreprise de robotique médicale, MedTech. L'aventure débute sur les chapeaux de roue. Lauréate, sous l'égide du ministère de la Recherche, du concours national d'aide à la création d'entreprises de technologies innovantes, MedTech affiche d'emblée ses ambitions. « Ce prix nous a permis de financer la moitié de notre business plan. Grâce aux 200 000 euros de l'Etat, le lancement de notre premier robot s'est effectué sereinement », se félicite Bertin Nahum.
Le premier « bébé » de Bertin, baptisé Brigit, tiendra toutes ses promesses. Ce robot d'assistance de chirurgie orthopédique viendra ajouter une nouvelle médaille au cou de son fondateur : MedTech obtient le prix du concours Anvar (aujourd'hui Oséo) dans la catégorie «création et développement». Il faut dire que Brigit bouscule les traditions. Son bras est capable d'assister le chirurgien dans le positionnement automatique des découpes osseuses, à effectuer avant toute pose de prothèse du genou. Il n'en fallait pas plus pour que l'américain Zimmer, le leader mondial de la chirurgie orthopédique, ne tombe sous le charme de Brigit et propose à MedTech d'en acquérir le brevet en 2006. « C'est incroyable ! s'exclame Bertin Nahum. Nous, petite PME de 4 personnes au fin fond du Languedoc, avons été repérés par le numéro un mondial du secteur, situé dans l'Etat de l'Indiana. Et ce alors même que les investisseurs français ne nous manifestaient pas vraiment d'intérêt... »
Nul n'est prophète en son pays. En l'occurrence, Bertin Nahum se console avec les 3 millions d'euros de la transaction avec Zimmer qui lui permettent de mettre au point sa deuxième machine : Rosa. Conçu en étroite collaboration avec des équipes chirurgicales, ce robot d'assistance en neurochirurgie intègre les toutes dernières technologies de gestes médico-chirurgicaux assistés par ordinateur. «Rosa distingue automatiquement les zones saines des zones tumorales du cerveau, ce que le chirurgien n'arrive pas toujours à percevoir à ciel ouvert, précise Fernand Badano, manager général de MedTech. En plus de sa finesse de repérage et de mesure - de l'ordre du millimètre -, le robot permet au chirurgien d'effectuer des gestes plus sûrs, plus précis et plus restreints. » Le bras de Rosa est en effet capable, selon Badano, de manipuler les instruments et de les positionner de façon à ce que l'opération soit la moins invasive possible dans le cerveau du patient. Le médecin reste le stratège de l'opération, mais le robot est là pour en optimiser l'exécution.
Qu'en disent les chirurgiens ? Un an à peine après avoir été commercialisé, Rosa a déjà été adopté par sept hôpitaux français et européens. Notamment au service de neurochirurgie pédiatrique de la Fondation Rothschild (Paris) du Pr Delalande : «J'utilise Rosa depuis un an et ne peux plus m'en passer ! Sa précision est remarquable et son usage très facile. Le chirurgien a un geste à accomplir. Alors tout ce qui peut l'aider à le faire sereinement est bienvenu. Ce type de robot est amené à se développer rapidement. Enfin, là où il y a de l'argent... » Olivier Delalande a justement fondé l'association Téo 2004, pour développer la neurochirurgie dans les pays pauvres... Sans ce type d'aide, Rosa n'est pas près de conquérir les hôpitaux maliens.
Car si la santé n'a pas de prix, elle a tout de même un coût : Rosa est vendu entre 500 000 et 700 000 euros. En attendant Bamako, le robot est en cours d'installation à Sherbrooke (Québec) et à Cleveland (Etats-Unis). Un appel d'air transatlantique qui a incité Bertin Nahum à ouvrir une filiale à Montréal, où il est provisoirement parti s'installer : «Nous voulons accélérer notre développement international. L'entrée au capital de MedTech d'un fonds d'investissement, Newfund, va nous y aider. Nous ne sommes qu'aux prémices de la chirurgie assistée par ordinateur. Mais avec le vieillissement de la population, l'exigence accrue des patients et la baisse du nombre de praticiens, cela nous fait trois bonnes raisons de croire que le mouvement va s'amplifier. » La quatrième, c'est qu'il va tout faire pour.

Clara Bamberger, Sophie Fay
Extrait du Nouvel Observateur, Semaine du 12/08/10


Site web de MedTech: http://www.medtech.fr/applications/neurochirurgie.html   

27 juillet 2010

Montée inquiétante de la cybercriminalité en Afrique de l’Ouest : Quels dispositifs pour la combattre ?


Comprendre la cybercriminalité
S’il est vrai que  le développement des nouvelles technologiques de l’information (NTIC) a révolutionné les méthodes de communication, il convient de noter que ce changement n’est pas sans conséquences néfastes. En effet, la cybercriminalité s’est développée avec la vulgarisation des réseaux numériques. Ainsi naît une nouvelle forme de criminalité difficile à combattre et qui échappe à l’arsenal juridique existante. La cybercriminalité se présente sous plusieurs formes : le piratage, l’attaque des ordinateurs,  la commission d’infractions facilitée par les réseaux numériques, les infractions à contenu pédophile par le biais d’internet, le racisme, la xénophobie, l’usurpation d’identité, les escroqueries (les héritages, les fausses loteries, les arnaques aux gains et autres love tchat, sont les formes utilisées) et les fraudes. Voilà tant d’infractions qui donnent du fil à retordre, non seulement au législateur, mais aussi à la Brigade de répression.
L’Afrique de l’Ouest face à la montée en puissance des cybercriminels
Pendant que les pays du Nord se penchent sur la question, nous nous sommes intéressés au dispositif mis en place par les Etats d’Afrique de l’Ouest pour combattre cette criminalité d’un genre nouveau dont ils n’étaient pas préparés il y a dix ans.  Si nous avons choisi de décortiquer les outils et les instruments mis en œuvre en Afrique de l’Ouest, c’est parce que ces derniers temps, la région a enregistré de nombreux cas d’escroquerie et de fraudes par internet. On peut citer parmi les pratiques les plus courantes de cybercriminalité, le fameux “Nigerian scam” ou encore “419 scam”.  C’est une technique courante d’escroquerie qui a piégé beaucoup d’internautes. Vous recevez un e-mail d’une personne inconnue, qui se présente comme étant le fils d’un ancien dictateur (très souvent africain), un officier haut placé, ou une position similaire. Il prétend avoir accès à une grosse somme d’argent (généralement des dizaines de millions de dollars). La seule chose que cette personne prétend vous demander est l’usage de votre compte bancaire pour y transférer le pactole. En échange de ce coup de main, il vous promet un pourcentage de la somme d’argent à transférer (en général 10%). Dans beaucoup de cas, ils utilisent dans le message, de faux documents du gouvernement, de la Banque Centrale du Nigeria, de la Société Nigériane des Produits Pétroliers, des banques commerciales sises au Burkina Faso...Une fois que vous répondez, le dialogue s’installe. La suite de la procédure est variée. Il peut  vous demander d’effectuer des transferts par Western union (généralement de mille à cinq mille euros) pour débloquer la valise d’argent qui a été bloquée à la Douane de l’aéroport, dernière étape avant que l’argent ne vous rejoigne. Le cyber escroc peut aussi vous demander environ mille euros pour la mise en ordre du dossier, pour des frais de licences ou autorisation quelconque (ce sont des « advance fee fraud »). L’attraction de l’escroquerie est que, à chaque fois que vous croyez être sur le point de détenir la somme, soudain,  d’autres coûts supplémentaires vous sont annoncés. Entre temps, si vous y croyez, vous auriez déjà dépensé d’énormes sommes d’argent. En fin de compte, si vous vous y accrochez toujours, le cyber criminel cherchera à vous convaincre de venir personnellement en Afrique pour accomplir la transaction. J’ai été témoin d’un fait similaire où la victime a transféré jusqu’à 3000 euros à un cyber criminel en Côte d’Ivoire.
Ce type de fraude était à l’origine, l’apanage des nigérians, d’où son  « Nigerian Scam » ou « 419 Scam ». Le chiffre 419 (Four One Nine) fait référence à l’article du Code Pénal nigérian qui pénalise ce type d’infraction. En résumé, cette pratique consiste à soutirer d’énormes sommes d’argent contre la promesse de contrats d’affaires mirobolants, ou de transferts de grosses sommes d’argent que l’on veut sortir illégalement d’un Etat, ou encore de gains substantiels à des loteries étrangères. Ces pratiques ont fait de nombreuses victimes dans le monde principalement en Europe, en Amérique et en Inde. D’ailleurs, en 2008, face au nombre de plus en plus élevé de victimes indiennes, l’Etat indien s’est vu dans l’obligation de sensibiliser  ses opérateurs publics sur la présence de bandes de cybercriminels très organisés dans plusieurs Etats membres de la CEDEAO, dont le Nigeria, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Burkina, le Ghana, le Bénin et le Togo… Ces pays offrent un terrain propice aux opérations des bandes de cyber criminels parce que dépourvus d’outils aussi bien juridiques que matériels de lutte contre cette nouvelle forme de criminalité.  Aujourd’hui au Bénin (pour ne citer que ce cas, car j’y étais témoin), ils sont plusieurs dizaines de jeunes cyber escrocs, aussi bien béninois que nigérians qui passent leur journée au cyber café rien que pour appâter les internautes. J’étais assis à côté d’un cyber criminel nigérian qui s’est pris pour le Directeur Général de la Central Bank of Benin. Ce dernier écrivait et envoyait ses messages en toute liberté, sans être inquiété, ni dissuadé à aucun moment par ma présence. Cela prouve qu’il n’y a aucune autorité active de lutte contre la cyber criminalité. De plus, la facilité avec laquelle les usagers se procurent des cartes Sim sans fournir leur identité est très inquiétante car les cybers criminels utilisent des téléphones portables pour finaliser leurs transactions. Ils ne peuvent donc être appréhendés à partir de leurs numéros de téléphones portables puisqu’ils ne figurent nulle part sur la liste des opérateurs téléphoniques.  Certains cybers criminels arrivent à installer des logiciels espions sur les ordinateurs afin de recueillir les données secrètes.  Surfer dans les cybers café de Cotonou présente beaucoup de risques pour la sécurité des données personnelles.

Nécessité de la création d’une autorité sous-régionale de lutte contre la cybercriminalité

Si aucune mesure n’est prise, c’est toute la sous-région ouest africaine qui souffrira de manque de crédibilité et de confiance vis-à-vis de l’extérieur et des investisseurs. Face à un risque nouveau, il faut des moyens nouveaux. Les Etats ouest africains doivent améliorer leur législation afin de les adapter aux nouvelles infractions dues à l’explosion du réseau numérique. La création d’une autorité régionale coordonnée de lutte contre la cyber criminalité est indispensable voire urgente. Ensuite, chaque Etat devra développer sa Brigade de lutte anti cyber criminelle en collaboration avec le ministère chargé des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Il faudra mettre de l’ordre dans le secteur, sensibiliser, former et encadrer les gestionnaires des cybers café contre les agissements et les attaques des cybercriminels. Les ministères de l’Intérieur et de la sécurité publique et ceux des NTIC ont un rôle majeur à jouer dans ce processus. Comme internet se joue des frontières, ils y gagneront à coopérer au niveau régional voire international. Les simples engagements ne suffisent plus, il faut des actes concrets.

Dr Sanny AGNORO
Politologue – Juriste
Consultant en Affaires Economiques, Stratégiques
& Internationales.

4 mars 2010

L’Afrique doit créer ses marques, labelliser ses produits

Dr Sanny AGNORO


Appellations, marques, labellisation


Il est fréquent de voir inscrire sur les produits alimentaires européens les termes label Rouge, AOC, (Appellation d’Origine Contrôlée), AOP (Appellation d’Origine Protégée), AB (Agriculture Biologique), IGP (Indication Géographique Protégée) ou encore Commerce Equitable. Nombre de gens se demandent à quoi servent-ils. En effet, le label de qualité ou signe d'identification est conçu pour récompenser les producteurs respectant des normes officielles de qualité et pour indiquer au consommateur la provenance ou l'origine d'un produit. Les labels les plus connus sont probablement la certification Agriculture biologique (AB), le Label rouge et l'Appellation d'origine contrôlée (AOC).
Mais en réalité, les AOC, les IGP ou les marques collectives sur des produits localisés constituent-ils réellement de bons outils de conservation de l’agro biodiversité ? La question s’est posée depuis que la propriété intellectuelle sur le vivant a été érigée par les économistes néo-institutionnalistes et les experts internationaux de la conservation de l’environnement comme de bons outils de valorisation et de conservation de la biodiversité en générale. En théorie, les AOP et les IGP devraient incontestablement constituer un bon outil de conservation de l’agro biodiversité. Tous les chercheurs et acteurs impliqués sont unanimes. Mais dans la réalité, de nombreux facteurs internationaux et locaux peuvent fausser cet objectif.
L’agriculture biologique est un système de production agricole basé sur le respect du vivant et des cycles naturels, qui gère de façon globale la production en favorisant l'agro-système mais aussi la biodiversité, les activités biologiques des sols et les cycles biologiques. Les agriculteurs qui pratiquent ce type d'agriculture misent, par exemple, sur la rotation des cultures, l'engrais vert, le compostage, la lutte biologique, l'utilisation de produits naturels comme le purin d'ortie, et le sarclage mécanique pour maintenir la productivité des sols et le contrôle des maladies et des parasites. Sans le vouloir, la grande majorité des producteurs africains pratiquent l’agriculture biologique. Faute d’organismes de certification, ces produits ne sont pas valorisés.
Le Label Rouge est un signe de qualité français (redéfini dans la loi paix du 5 janvier 2006). Le 1er Label Rouge, à l’initiative d’aviculteurs soucieux de développer un élevage respectant la tradition et apportant une garantie de qualité au consommateur, a été obtenu en 1965 par les volailles du Périgord et des Landes : cahier des charges « poulet jaune fermier élevé en liberté » (LA 01-65). Ce signe s’est ensuite développé pour d’autres produits alimentaires mais aussi pour des produits agricoles non alimentaires et non transformés (ex : fleurs). Le Label Rouge est un signe officiel qui atteste un niveau de qualité supérieure. Les volailles africaines, le bétail et le caprin élevés à l’état sauvage dans des fermes africaines peuvent par exemple bénéficier de la certification du Label Rouge s’il avait existé en Afrique.
L'appellation d'origine contrôlée (AOC) est un label officiel français ou suisse d'Indication géographique protégée qui garantit l'origine de produits alimentaires traditionnels français ou suisses. Ils sont tous deux reconnus comme faisant partie des Appellations d'Origine Protégée européennes (AOP). Les appellations d'origines ne sont ni des marques commerciales, ni des modèles déposés, mais des certifications officielles de qualité délivrées par un organisme dépendant d'un ministère et sanctionnée par un service de répression des fraudes. Les AOC (appellations d'origine contrôlée) identifient un produit, l'authenticité et la typicité de son origine géographique. Elles sont garantes de ses qualités et de ses caractéristiques, de son terroir d'origine, du savoir-faire du producteur (vins, cidres, fromages, fruits et légumes, produits laitiers, miels, etc.), de l'antériorité et de la notoriété d'un procédé et de son nom qui sont trop ancien pour faire l'objet d'un brevet. Dans cette catégorie, des produits africains de caractère auraient pu être valorisés. Comme, les oignons de Galmi au Niger, l'huile de palme de Boké en Guinée, de zomi au Bénin ou celle d'argan, au Maroc. On peut citer aussi l'ananas du Ghana, le pain de sucre du Bénin, le gari, une semoule de manioc béninoise, le thé du Kenya, le cacao de São Tomé ou la mangue du Mali et du Bénin, le warangachi (fromage du Bénin), le Sodabi (alcool béninois à base de vin de palme)…Il existe un large potentiel de produits très typiques largement inexploités. Chaque Etat africain aurait au moins cinq à dix filières susceptibles d'être valorisées et exportées.
L'Appellation d'Origine Protégée (ou AOP) est un signe d'identification européen, créé en 1992. Il protège « la dénomination d'un produit dont la production, la transformation et l'élaboration doivent avoir lieu dans une aire géographique déterminée avec un savoir-faire reconnu et constaté. Ces produits sont conçus dans une aire géographique délimitée, selon un savoir-faire spécifique et ancestral. Les caractéristiques des produits ainsi protégés sont donc essentiellement liées au terroir.
L'Indication Géographique Protégée (IGP) est un signe officiel européen d'origine et de qualité qui permet de défendre les noms géographiques et offre une possibilité de déterminer l'origine d'un produit alimentaire quand il tire une partie de sa spécificité de cette origine.
Pour l’OMC, les indications géographiques sont des noms de lieux (ou aussi dans certains pays des mots associés à un lieu) utilisés pour identifier l'origine et la qualité, la réputation ou d'autres caractéristiques des produits (par exemple “Champagne”, “Tequila” ou “Roquefort”).


« Le commerce équitable est un partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l'objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de la planète. Les organisations du commerce équitable (soutenues par les consommateurs) s'engagent activement à soutenir les producteurs, à sensibiliser l'opinion et à mener campagne en faveur de changements dans les règles et pratiques du commerce international conventionnel.»
Le commerce équitable est donc la garantie octroyée aux petits producteurs de commercialiser leurs produits à des prix plus attractifs que les cours mondiaux. C'est également une garantie de relative stabilité des prix et la mise en place de conditions et de délais de paiement courts, voire des possibilités de préfinancement. Ce système permet aux petits producteurs et aux artisans d’avoir une relative sécurité financière, évitant ainsi de brader leurs produits ou d'avoir recours à des prêts usuriers ou à taux prohibitifs. Mais attention dans le choix des organismes de certification, car il y en a qui ne vérifient pas réellement que les prix adéquats sont versés aux petits producteurs. Autrement dit, des produits estampillés « commerce équitable », mais qui ne respectent pas les normes.


Le déficit de valorisation des produits africains


Le Sénégal, la Mauritanie, la Guinée Bissau et le Niger ont entrepris de labelliser leurs produits halieutiques. La rencontre des 3 et 4 novembre 2009, entre dans le cadre de la restitution des résultats du projet "Biodiversité et projets de valorisation des productions du littoral localisées en Afrique de l'Ouest (Biodivalloc). L’objectif de l’étude est de valoriser les produits de la mer dans trois aires marines protégées à savoir, la biosphère du Delta du Saloum au Sénégal, le Parc national du Banc d'Arguin en Mauritanie et la réserve de Biosphère Boloma-Bijagos en Guinée- Bissau.
Selon la coordinatrice du programme Biodivalloc, Marie Christine Cormier Salem, il sera mis sur pied, des stratégies de valorisation de ces productions localisées par la recherche d'alternatives pour faire face à la crise mondiale, notamment par la lutte contre la dégradation de la biodiversité, l'exploitation rationnelle des ressources locales et la lutte contre la pauvreté dans la sous- région. Les différents pôles d’intégration sous-régionale ou régionale devraient combler le vide autour de la question afin de rendre effective la valorisation de nombreux produits régionaux et locaux de qualité, au savoir faire éprouvé, authentiquement reputé.
En Afrique, seul le Kenya, qui a recensé dix-sept produits potentiels (thé, café) a concrétisé le processus des IGP. Faisant partie des outils de labellisation les plus expérimentés actuellement en Afrique, les IGP côtoient les éco certifications du commerce équitable. Si rien n’est fait, ce sont des firmes multinationales qui se tailleront la part de lion en labellisant eux-mêmes les produits du terroir africain.


Le conflit entre l’Ethiopie et la Multinationale américaine Starbucks


L’exemple le plus flagrant celui qui a opposé le gouvernement éthiopien à la multinationale américaine Starbucks. Le 28 novembre 2007, un compromis a été trouvé entre les deux parties. En effet, le groupe américain avait tenté d'empêcher l'Éthiopie de déposer les marques des régions de ses gammes de café les plus prisés : Harar, Sidamo et Yirgacheffe, à l’instar du Cognac, du Champagne, du Roquefort en France. Ce qui aurait permis à Addis-Abeba d'en contrôler le commerce et d'accroître les revenus de ses producteurs. Commercialisés sous licences, ils auraient rapporté 90 millions de dollars par an. « Les cafés étaient vendus par Starbucks entre 24 et 26 dollars la livre. Seulement 5 à 6% du prix de vente nous revenaient. Nous avons combattu l'appropriation illicite de nos cafés », justifie Getachew Alemu, de l'Office éthiopien pour la propriété intellectuelle (EIPO). L’EIPO a donc procédé à l’enregistrement des noms de ses principales régions de café dans la plupart des 33 Etats importateurs, en accord avec les législations locales. Cependant, les trois noms déposés par l’Ethiopie ont été acceptés dans tous les pays, sauf aux Etats-Unis où le processus pour Harar et Sidamo est toujours en cours. « Dès l’approbation de Yirgacheffe, Starbucks a fait appel à un groupe de lobbying, la National Coffee Association, pour bloquer l’attribution des noms Harar et Sidamo », explique Seth Petcher, responsable du programme Café à Oxfam America. Grâce à la médiatisation poussée de l’affaire, Starbucks a fini par céder.
L’Ethiopie, siège de l’Union Africaine, a prouvé par son combat, qu’il méritait la confiance placée en lui par ses pairs africains. Les Etats africains, pour le bien être de leurs populations, pour la protection des petits producteurs à travers l’octroi de revenus décents issus de leurs activités, devraient procéder au plus urgent, à la valorisation du terroir et des savoirs faire ancestraux par la création des marques et des labels.

2 mars 2010

Autopsie d’une Afrique des crises : crises alimentaire et énergétique, une aberration politique.


Dr Sanny AGNORO 


Terre de toutes les convoitises, l’Afrique, plus riche Continent du monde par ses ressources minières, son potentiel en eau, ses terres cultivables, sa population très jeune est –elle devenue un Continent de toutes les crises ? Pourquoi nous abreuve t-on très souvent des vocables crise énergétique, crise alimentaire voire sécuritaire ? Quelle est cette Afrique là qui s’obstine à s’enliser dans les crises ? Un diagnostic d’une telle situation aussi paradoxale s’impose. Comparée aux autres régions en voie de développement (l’Amérique Latine et l’Asie du sud Est notamment), l’Afrique dispose d’un potentiel de ressources naturelles nettement supérieur. Elle détient 30% des réserves minérales mondiales[1] et 20% du potentiel hydroélectrique[2]. En dépit de ses avantages naturels immenses, elle n’en demeure pas moins sujette à de fréquentes crises alimentaires et énergétiques. Qu’on ne nous dise pas les crises alimentaires proviennent exclusivement de catastrophes climatiques car, en dehors des zones désertiques sahéliennes soumises aux aléas des pluies, l’immense majorité des terres africaines sont productives. A noter que l’Afrique possède 15% des terres arables mondiales[3]. Le continent est aussi riche d’une hydrographie très mal exploitée. La technique de l’irrigation n’est toujours pas totalement maîtrisée. La surface de terres irriguées représente moins de 10% des terres cultivées[4] dont 4% en Afrique subsaharienne. Sur ce plan, l’Afrique, et principalement l’Afrique subsaharienne occupe la queue du peloton mondial. Population essentiellement rurale, soit plus de la moitié des actifs, elle ne parvient pourtant pas à réaliser son autosuffisance alimentaire. En Europe par exemple, l’agriculture occupe moins de 10% de la population, pourtant depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, on n’entend plus parler de la crise alimentaire. La Chine, avec son milliard et demi de population couvre ses besoins alimentaires depuis qu’elle a opérée sa révolution agricole. Pourquoi les gouvernements africains ne se fixent ils pas pour priorité l’autosuffisance alimentaire, car jusque là, la plupart des sommets régionaux se contentent de promesses non tenues. Concrètement, en Afrique, il n’y a pas eu une politique agricole réelle et significative. L’Afrique passe pour le Continent spécialisé dans les produits de rentes. Pire, elle produit ce qu’elle ne consomme pas (café, cacao, coton) et consomme ce qu’elle ne produit pas (riz, lait, volaille congelée, sucre, tomate…). En même temps que les prix des produits de rente sont en baisse constante du fait de la concurrence de nouveaux producteurs (Amérique Latine, Asie du Sud Est), du fait aussi que les prix leur sont imposés par les acheteurs occidentaux (la détérioration des termes de l’échange), les africains s’obstinent à maintenir cette configuration de rente, caractéristique d’une économie du 18è siècle. Nous sommes au 21è siècle, et il serait grand temps, pour le bien des peuples africains, que les dirigeants politiques africains arrêtent des discours creux et passent véritablement à l’acte. La crise alimentaire que vit l’Afrique n’est pas le résultat d’une fatalité, mais la conséquence directe des errements de leaders politiques en manque d’inspiration et de priorités. La ressource humaine pour opérer ces changements est l’une des plus dynamiques au monde. Elle n’attend qu’à être formée et dotée de moyens pour accomplir la mission qui est la sienne. Des centres de recherches et de conception d’outils et de machines adaptées existent comme ceux du projet Songhaï implantés dans plusieurs villes du Bénin. L’Afrique dispose aussi de facultés de sciences agronomiques, des Lycées agricoles, quand bien même, reconnaissons-le, ils sont insuffisants et par ailleurs dotés de maigres moyens consacrés à la recherche-innovation ou à la modernisation. Il existe des centres de recherches régionaux tels que l’ADRAO (Association intergouvernementale pour le développement de la riziculture en Afrique de l’Ouest, créé en 1971, il est devenu en 2009, le Centre Africain pour le riz, suite à l’élargissement de ses membres à six Etats d’Afrique du Centre, de l’Est et du Nord) qui a réussi, en partenariat avec des chercheurs du monde entier, à créer le nerica (new rice for africa) une nouvelle variété de riz peu gourmande en eau avec un rendement beaucoup plus important que le riz traditionnel africain. Ce sont bien des initiatives du genre qu’il faut encourager à travers une synergie d’actions. Il faudra aussi accompagner les petits producteurs à travers des formations destinées à l’amélioration de leurs techniques de productions en mettant à leur disposition des outils modernes adaptés afin d’optimiser leur gain de temps, d’énergie et de rendement. A l’heure des regroupements régionaux pour faire face à la poussée de la mondialisation, il urge pour les Communautés régionales Africaines (CER) de se doter de politiques communes agricoles pragmatiques, de se fixer des objectifs quantitatifs mais aussi qualitatifs, afin de maximiser leurs gains.
Sur le plan des ressources énergétiques, on constate là aussi une véritable carence dans la mise en valeur des ressources potentiellement exploitables. L’énergie solaire, encore très insuffisamment utilisée, pourrait révolutionner le secteur énergétique en Afrique. Des centres de recherches comme le CRES (Centre Régional d’Energie Solaire), laissé à l’abandon depuis 1994, ressuscite l’intérêt des gouvernements de Etats membres de l’UEMOA, qui, en dépit de leur Politique Energétique Commune (adoptée en décembre 2001), n’arrivent cependant pas à concrétiser leurs discours et déclarations. Bien que l’Afrique soit l’un des grands producteurs du pétrole (Nigéria, Lybie, Algérie, Gabon, Congo, Cameroun, Côte d’Ivoire…), l’énergie fossile (pétrole et gaz naturel) est inaccessible à la plupart des populations africaines, sans doute due au manque de solidarité économique entre les Etats producteurs et non producteurs.
Malgré ses grands cours d’eau : le Niger, le Congo, le Zambèze, le Nil, l’Okavango, le potentiel hydroélectrique de l’Afrique est largement sous exploité. Pour se justifier de leurs inerties, les leaders africains n’hésitent pas à évoquer la question du financement comme étant le seul handicap à la réalisation des grands projets d’infrastructures. Investir dans des projets, qui ont pour finalité l’acquisition de l’indépendance énergétique, est bénéfique pour la relance économique, pour les générations actuelles et celles à venir. Sans indépendance énergétique, toute tentative d’industrialisation serait tâche vaine. L’un des facteurs qui empêchent les industries africaines d’être compétitives ou qui inhibent la création de nouvelles industries, est le coût très élevé de l’énergie. En dehors du Nigéria, de la Libye et de l’Algérie où les coûts de l’énergie sont relativement faibles (parce que producteurs du pétrole), la plupart des Etats africains y ont accès à un coût relativement très élevé. Résoudre les problèmes de développement en Afrique, revient essentiellement à résoudre l’équation crise alimentaire/ crise énergétique. Parler de crise énergétique et de crise alimentaire en Afrique, en dépit de tous les atouts dont dispose le Continent est une aberration politique.





[1] Mineral facilities of Africa and the Middle East”, United States Geological Survey, 2006.

[2] Sylvie BRUNEL, L'Afrique: un continent en réserve de développement, Business and Economics, 2004, p.150


[3]  Eric Güller, Robert Ruttman, Promesse africaine, Equity Research (voir: http://emagazine.credit-suisse.com/app/article/index.cfm?fuseaction=OpenArticle&aoid=263327&lang=FR).
[4] Dans une interview accordée à Jacques Diouf par Afrik.com, seul 7% des terres cultivables sont irriguées en Afrique contre 40% en Asie. (Voir : http://www.afrik.com/article7058.html).